XIX
A ma grand-mère
Je ne vous dirai rien qui ne soit d'elle
Ni son sourire qui drapait mes chagrins
De tons cerises et de chaudes aquarelles
Et emmitouflait mon coeur dans ses mains
De sa douceur comme un nouveau matin
Qui d'oraison me dessinait des ailes
Me faisait roi, sultan ou arlequin
Me donnait tout ce qui vivait en elle
Et son regard serein, âtre immortel
Dans lequel mes querelles de gamin
Trouvaient toujours ce nid originel
Calme et intime où noyer mon chagrin
Des hirondelles dans ses baisers empreints
De roses, de bonbons, et de caramel
Du creux de son cou, dévôt de câlins
Où se dessinent les plus belles aquarelles
Du délice de son rire, cher hydromel
A l'ocre de miel que chantait le Roselin
De mes amours qu'elle brodait de dentelles
Toujours prévenante, sa main dans ma main
Mais ce soir mon coeur s'envole avec elle
Que cesse le cri de mon coeur orphelin
Chante haut et fort, chante joli Roselin
Ce soir dans le ciel une étoile veille
D'elle je ne vous dirai rien