Cher Gringoire

Publié le par Eve

Writtings

Qu’est-ce l’Amour? me demandes-tu, Gringoire.

Et bien vois-tu Gringoire, lou loup la mangé. Je ne me souviens ni de ses pieds, ni de sa barbiche de sous-officier. J'ai perdu moi-aussi l'étoffe de ses yeux d'or , la moirure de ses cornes zébrées jusqu'à l'aurore. Et son sabot d'ébène, dis, tu te souviens? Sa houppelande blanche qu'elle exhibait si bien.

Vois-tu Gringoire comme je suis embusquée sur une voie si sombre que je crois j'ai sombré. J'aurais aimé céder à l'appel du genêt, du châtaignier heureux, de la bruyère folle. Mais à quoi bon mentir, Gringoire? Pour quelle cabriole? La corde que je porte aux escarres de mon cou est l'Art pour lequel je traine sur les genoux.

C'est vrai qu'il est bien beau de se prendre à rêver. Se dire que j'eus pu, moi-aussi, de sucs capiteux me gaver à rebord et de campanules bleues. Regarder mon enclos de vibrante misère, en rire aux larmes baignée par la lumière. Tu peux sourire Gringoire, moi je crève dans le noir. Je m'obstine à écrire les chèvres et leurs histoires.

Alors, je sais ce que tu penses. Tu te dis qu’en changeant bien de style je pourrais très sûrement prétendre à brader mes lignes aux plus offrants. Mais moi je te le dis Gringoire: le style ne se trouve plus! Regarde ces passants qui marchent dans la rue. Regarde-les Gringoire, regarde-les je dis. Cacher leur vacuité derrière de faux habits. Plus rien ne s'invente, Gringoire, tout se détruit.

Alors faut-il vraiment tenir jusqu'aux Aurores, goûter chacune des trêves pour brouter l'herbe encore? Je te le demande Gringoire, S'accrocher, à quoi bon?  Attendre que les étoiles pâlissent à l'horizon? Pense donc à la chèvre, pense donc à mes poignets. L'un aussi blanc que l'autre et pourtant, tu le sais, lou loup la mangé Gringoire. Lou loup la mangé.

A l'aube, comme les autres.
A l'aube,
Epuisée.

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Publié dans Poésie

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